
Crédit: S.Lucas
A deux pas de la rue Vaugirard et à l’ombre de la Tour Montparnasse, dans une petite impasse du 15e arrondissement de Paris, se niche la Villa de l’Astolarbre, un bâtiment de 12 logements sociaux (4 logements réhabilités et 8 logements neufs). Une réalisation confiée par la SIEMP à l’agence KOZ, dont les expériences de maisons individuelles en bois avaient séduit le bailleur social parisien. Ce projet, qui a débuté en 2003, fait partie des opérations de résorption de l’habitat insalubre menées par la ville de Paris. Retour sur un projet précurseur de logement social à Paris avec Nicolas Ziesel, co-associé avec Christophe Ouhayoun de l’agence KOZ.
L’extérieur du bâtiment a été fait pour respecter l’harmonie de cette impasse parisienne. Au cœur de cette rue faite de petits immeubles de deux étages, les deux architectes ont construit un bâtiment assez important avec une façade beaucoup plus longue que les autres en privilégiant des cassures d’échelle. A l’origine, les espaces à construire et à re-construire sont dans un état désastreux. Seul un arbre trônant fièrement dans la cour est conservé. « Notre projet initial était de tout concentrer autour de cette cour afin de retrouver des vraies qualités de voisinage mais aussi de conserver une ouverture sur la rue, pour offrir des espaces semi-public aux habitants », explique Nicolas Ziesel. Idéalement, KOZ aurait souhaité laisser ouvert cet îlot, sans grille, mais les usagers imposent une délimitation.
Les espaces intérieurs ont été volontairement inversés. « Traditionnellement, les chambres sont sur cour et le séjour sur rue, précise l’architecte. Ce renversement des espaces intérieurs participe aux fondamentaux du projet, à savoir que la cour soit au cœur de la communauté des habitants ».
La volonté de KOZ était d’offrir un espace commun extérieur dont chacun pourrait profiter, que ce soit par le biais des terrasses ou grâce à de petits jardins privatifs. Ainsi, le local vélo a fait l’objet d’une attention particulière : il a été agrandi, exposé en lumière naturelle de telle façon que l’espace puisse changer d’usage au cours de sa vie, devenant un lieu d’accueil pour une une association de locataires ou encore un atelier.
Un an et demi après la livraison, il semble que les habitants n’aient pas réussi à s’approprier véritablement ces espaces. « S’il n’y a pas de médiation et un accompagnement très fort, cela prend du temps car les gens n’ont pas choisi d’être là, constate Nicolas Ziesel. Lorsqu’il y aura de nouveaux habitants, les choses bougeront très certainement. »
Utilisation d’une matériau rare à Paris : le bois

Crédit: S.Lucas
Les logements déjà existants ont été réhabilités et mis aux normes, atteignant le niveau « plan climat de Paris » soumis à la RT 2000, tandis que ceux côté impasse atteignent des performances THPE RT 2005. Pour les architectes, « il y a eu énormément de travail en amont pour faire coïncider d’une part les objectifs de développement durable de la SIEMP, qui avait entamé sa charte de développement durable, et d’autre part la procédure “habitat et environnement” encore à ses balbutiements. »
Le point fort du projet a été la construction sèche et l’utilisation du bois, matériau encore peu courant à Paris et une première pour la SIEMP. Les façades en bois permettent une isolation extérieure en continu afin d’améliorer au maximum les performances énergétiques des logements. Des panneaux solaires ont été installés pour alimenter l’eau chaude sanitaire. Un système de récupération de l’eau de pluie a été mis en place pour l’arrosage des espaces verts. Enfin, un travail approfondi a été réalisé pour limiter la consommation d’électricité dans les parties communes, notamment grâce à un escalier éclairé par une lumière naturelle afin d’éviter le plus possible que les résidents utilisent l’ascenseur.
Livré en 2007, ce projet s’est opéré non sans quelques difficultés. L’idée primaire a été de construite entièrement en bois (murs, planchers..) mais pour des raisons réglementaires, notamment d’acoustique entre les appartements, un squelette en béton a été privilégié pour les bâtiments neufs. Enfin, « la principale difficulté fut la mise au point des panneaux solaires. Il a fallu faire fonctionner une production d’eau chaude solaire collective alors que chaque appartement à sa propre chaudière à ga
Une agence, une approche du développement durable
La villa de l’Astrolarbre illustre une conception de l’habitat qui propose d ’offrir les qualités d’un logement individuel dans du collectif. L’opportunité offerte par le jardin intérieur a contribué à travailler dans ce sens. Cette approche se donne aussi à voir dans les coursives extérieures, l’organisation des logements avec des terrasses en prolongement mais aussi l’éclairage des salles de bains avec une lumière naturelle : « pour nous, quand on a de la lumière et qu’on peut ouvrir sa fenêtre, on commence à être dans une maison, explique Nicolas Ziesel. » Aussi ce projet illustre-t-il pour Koz l’une des évolutions possibles du logement social, à savoir un habitant dont les occupants sont de plus en plus acteurs et où l’on trouve de vrais espaces communs.
Cette préoccupation pour le vivre ensemble et le développement durable, les deux associés l’ont intégrée progressivement dans leurs projets : tout d’abord avec des maisons individuelles en bois, puis grâce à une série de lectures et de rencontres, qui leur ont permis de s’interroger sur la HQE et la construction écologique. Fort de cette recherche, KOZ travaille au sein d’un collectif de 4 agences au nom un brin utopiste : Plan 01 ( L’atelier du pont, BP Architecture et Philéas Architecture). Cette structure a vocation à repenser l’architecture, à réfléchir à de nouveaux usages. Un autre collectif appelé « French Touch » a été crée à partir de Plan 01 et d’autres architectes de leur génération afin de favoriser les rencontres. Enfin, les membres du collectif ont mis en place « un micro » bureau d’études destiné à intégrer en interne toutes les recherches environnementales (simulation thermique, simulation d’ensoleillement, utilisation d’énergies renouvelables).
Cette réalisation a été sélectionnée par la Cité de l’architecture et du patrimoine dans le cadre de l’exposition “Habiter écologique“.
Déborah Antoinat
Publié le 10 octobre 2009 sur Ecofaubourgs