SLAM, HUMOUR, ÉLOQUENCE : OFFRIR LE MICRO À CEUX QUI N’ONT PAS LA PAROLE

Slam, stand-up, concours d’éloquence… Des associations et collectifs d’artistes proposent des ateliers d’écriture aux jeunes de quartiers populaires. Objectif : libérer leur créativité et leur permettre de s’affirmer.

Quatre chaises sur l’estrade, quelques jeunes s’installent sur scène et les premières blagues et punchlines fusent. Un sketch d’impro démarre autour de l’écriture inclusive. Parmi les comédiens sur scène : Julien, 17 ans et Amin, 24 ans, qui préparent un projet d’émission humoristique. « On s’intéresse aux sujets de société et à des situations de la vie de tous les jours », explique Julien. « Le rire, cela permet de dédramatiser, on peut tout dire avec de l’humour », ajoute Amin.

Nous sommes dans la salle de spectacles du centre culturel Vercingétorix, dans le 14ème arrondissement de Paris. C’est ici que se tiennent les ateliers humoristiques gratuits « Éclats de rire/ Ateliers Youtubeurs »De l’écriture à la réalisation, des jeunes des quartiers prioritaires de la Ville de Paris créent des vidéos qui seront publiées sur une chaîne Youtube dédiée, Les Dixlesics.

Prendre la parole en public pour prendre confiance en soi

Ils jouent devant l’œil bienveillant de la comédienne et slameuse à l’initiative de ces ateliers, Laureline Kuntz. Elle le dit sans détour, sa religion, c’est le mot : « Je suis intimement persuadée qu’en maîtrisant son expression on va mieux et qu’on évite beaucoup de conflits ! ». Parmi les autres participants à l’atelier, Flore, Coralie, Guillaume ou encore Anthony. Hébergé en foyer à 21 ans, ce dernier traverse une situation difficile. « J’espère pouvoir vivre un jour de la scène. Les cours de théâtre, le stand-up, c’est ma cour de récréation, un vrai kiff ! Ici, on peut tout dire, on est libre. Je parle de ma vie, de ce que j’ai vécu. J’ai un sketch sur les SDF, par exemple. Cela me permet de vider mon sac ! C’est presque une forme de thérapie ! »

C’est cette même recherche d’expression libre qui a poussé Grégoire, 22 ans, à participer au concours d’éloquence Eloquentia Saint-Denis 2017… Et il a gagné ! Encadré par des artistes de renom et des avocats du Barreau, ce programme d’art oratoire défend le développement personnel et la confiance en soi des jeunes à travers la prise de parole en public. « J’avais envie d’exprimer l’importance de l’affirmation de soi et de toujours croire en nos rêves ! La scène offre pour moi un espace de liberté totale », raconte le jeune homme.

Déscolariser l’écriture

Installé dans le 20e arrondissement de Paris, un quartier populaire, Rouda est rappeur et membre fondateur du collectif artistique 129H Productions. Il intervient lui aussi à propos de l’écriture. Son association accompagne plus de 2.000 jeunes chaque année depuis 15 ans. « La démarche qui sous-tend nos ateliers, c’est de déscolariser l’écriture, raconte Rouda. On retire tous les facteurs bloquants comme l’évaluation. On essaye de leur montrer qu’une personne qui a 200 mots de vocabulaire se défend beaucoup moins bien dans le monde contemporain qu’une personne qui en maîtrise 3000. Pour s’en sortir, il faut savoir parler à tout le monde et maîtriser les codes de ces différents langages. »

Pour 129H Productions, l’objectif est avant tout de libérer la créativité de chaque individu. « Si après un atelier, un de nos participants à une meilleure note à sa dictée, tant mieux mais ce n’est pas pour cela que l’on intervient. » Cette approche ludique, loin des standards éducatifs du système scolaire fonde également les méthodes d’apprentissage d’Eloquentia. La structure dispense des cours de théâtre, de rhétorique ou des ateliers d’insertion professionnelle, notamment dans des universités. Collèges et lycées aussi sont concernées : la structure compte toucher 70 établissements en 2017-2018. Et la pédagogie intéresse, comme le prouve le succès de « A voix haute – La force de la parole », un long-métrage consacré à cette initiative. Réalisé par le fondateur d’Eloquentia, ce film a touché 1,2 million de spectateurs à la télévision ou au cinéma.

Quant à Grégoire, le vainqueur du concours à Saint-Denis, il se fait une place sous les projecteurs. A l’issue de la formation, le jeune diplômé de théâtre a eu la chance de faire la première partie de l’humoriste Samia Orosemane sur la scène du Point-Virgule. Réaliser son rêve est à portée de stylo et de voix !

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